Guides des parcs nationaux américains

Road trip parcs nationaux de Californie : Yosemite, les déserts et la Highway 1

Par Jocelyn Pion · Récit de road trip · ~15 min de lecture · Données : National Park Service

La vallée de Yosemite noyée dans la brume du matin, depuis le belvédère de Tunnel View.
La vallée de Yosemite noyée dans la brume du matin, depuis le belvédère de Tunnel View.

Sept heures du matin sur les collines de San Francisco. La brume marine noie encore le Golden Gate, dont seuls les câbles orange percent le gris, puis le soleil la brûle en une heure. Deux jours plus tard, on lève la tête au pied d'El Capitan, neuf cents mètres de granit d'un seul tenant, et le torticolis vient avant le vertige. Plus au sud, on pose la main sur l'écorce du General Sherman, l'arbre le plus volumineux de la planète, pendant qu'à trois heures de route une plaine de sel blanc cuit à quatre-vingt-six mètres sous le niveau de la mer, le point le plus bas d'Amérique du Nord. Et tout au bout de la boucle, un ferry quitte Ventura pour un archipel désert que l'on surnomme les Galápagos de Californie. Voilà le grand écart que tient cet État : glaciers, séquoias, désert de sel et océan, à portée d'un seul road trip.

Ce road trip relie ces images en une boucle depuis San Francisco. On file d'abord vers l'intérieur, la haute montagne puis le désert, avant de revenir à l'océan et de rentrer par la Highway 1. Quinze à dix-huit jours pour boucler la Californie des parcs nationaux, cinq parcs sur le tracé et un sixième, Channel Islands, gardé pour la fin comme le secret le mieux tenu du voyage. On part sous la brume, on grimpe dans le granit, on traverse le feu du désert, et l'on rentre par la plus belle route côtière du monde. C'est un seul État, et c'est déjà plusieurs planètes.

Le tracé du road trip, en boucle depuis San Francisco, avec le détour vers Channel Islands
Carte du tracé : Le tracé du road trip, en boucle depuis San Francisco, avec le détour vers Channel Islands Fond © OpenStreetMap · © CARTO
  1. 1. San Francisco
  2. 2. Yosemite Valley
  3. 3. Three Rivers : Sequoia et Kings Canyon
  4. 4. Furnace Creek, Death Valley
  5. 5. Palm Springs et Joshua Tree
  6. 6. Los Angeles
  7. 7. Ventura et Santa Barbara
  8. 8. Big Sur
  9. 9. Monterey et Carmel
  10. détour vers Channel Islands

1 étape parc national du circuit détour

Dans quel sens rouler, et pour combien de temps

C'est le premier arbitrage, et il commande tout le reste. Nous roulons dans le sens de la boucle : l'intérieur d'abord, Yosemite, Sequoia, puis les déserts, et la côte pour finir. La raison est double. La première tient à la dramaturgie : on attaque par la cathédrale de granit, on pousse la tension jusqu'au grand écart désertique, puis on relâche sur la Highway 1, la côte comme longue décompression avant de rendre la voiture. La seconde est pratique : mieux vaut affronter le désert et la haute montagne avec des jambes fraîches et un plein d'énergie, et garder la route facile de la fin pour le moment où l'on fatigue.

Sur la remontée côtière, on roule vers le nord, la voiture côté terre et l'océan de l'autre côté de la chaussée. C'est la seule concession du circuit : les puristes de la Highway 1 roulent du nord vers le sud pour garder les belvédères dans leur file. Hors des villes, la route n'est jamais assez chargée pour que le tourne-à-gauche pose problème, et la boucle depuis San Francisco impose de toute façon ce sens. Pour la côte seule, faite dans les règles et prolongée vers le nord, nous avons une fiche dédiée : le road trip de la côte Pacifique.

Sur la durée, tablez sur quinze jours pleins, dix-huit pour respirer. Le piège du débutant, c'est de compter en kilomètres : ici, les distances intérieures sont longues et lentes, et l'on raisonne en journées. Yosemite mérite trois jours, le désert ne se traverse pas à la légère, et Big Sur se roule au pas.

Acte I. San Francisco, le départ dans la brume

On récupère la voiture à San Francisco, et l'on résiste à l'envie de partir tout de suite. La ville mérite deux nuits, ne serait-ce que pour voir la brume avaler le Golden Gate puis le rendre, orange sur fond gris. Les San-Franciscains ont donné un prénom à ce brouillard côtier, Karl, tant il fait partie du décor. Alcatraz posée sur la baie, les rues qui plongent vers l'eau, les cable cars qui grincent dans la pente : on cale le rythme du voyage avant d'attaquer les grands espaces.

C'est aussi le bon moment pour boucler l'intendance. Le désert et les lodges de parc se réservent des mois à l'avance, et l'on ne trouve pas d'épicerie entre deux étapes intérieures. On fait le plein de courses, on vérifie le pass America the Beautiful, et l'on quitte la ville par l'est. La brume reste derrière, la Central Valley s'ouvre, et la Sierra Nevada monte à l'horizon.

Acte II. Yosemite, la vallée qui a inventé les parcs

La route grimpe, franchit un col, et la vallée s'ouvre d'un coup au belvédère de Tunnel View : El Capitan à gauche, Half Dome au fond, Bridalveil Fall en panache à droite. C'est la carte postale, et elle ne déçoit pas. Yosemite n'est pas seulement magnifique, il est fondateur : en 1864, en pleine guerre de Sécession, Lincoln signe la mise sous protection de la vallée, un geste inédit qui sèmera l'idée même de parc national. John Muir en fera la cause de sa vie. On marche ici sur les terres qui ont inventé le concept.

La vallée se parcourt à pied et à vélo, le nez en l'air. El Capitan dresse ses neuf cents mètres de granit lisse, paroi mythique des grimpeurs du monde entier ; à la jumelle, on repère leurs bivouacs suspendus. Au printemps, les cascades sont pleines : Yosemite Falls tombe en trois bonds sur près de sept cents mètres. Et pour prendre de la hauteur, la route de Glacier Point mène à un balcon qui embrasse Half Dome et toute la haute Sierra. On garde une demi-journée pour la haute route de Tioga et les prairies de Tuolumne, si la saison l'a ouverte.

Acte III. Sequoia et Kings Canyon, chez les géants

On redescend de la Sierra pour mieux y remonter par le sud. Depuis la petite ville de Three Rivers, la Generals Highway grimpe en lacets vers les deux parcs jumeaux de Sequoia et Kings Canyon. Le changement d'échelle est brutal : en une heure de route, on passe des collines dorées aux forêts d'altitude où poussent les plus gros êtres vivants de la planète.

Le General Sherman ferme le tableau. Quatre-vingt-quatre mètres de haut, onze mètres de diamètre à la base, plus de deux mille ans au compteur : ce n'est pas l'arbre le plus haut du monde, mais le plus volumineux, et se tenir à son pied recadre les idées sur notre place dans le vivant. Autour, le Congress Trail file d'un géant à l'autre en silence. Un peu plus au nord, Kings Canyon creuse l'un des canyons les plus profonds d'Amérique du Nord, plus de deux mille mètres du bord au fond, et la prairie de Zumwalt en occupe le plancher, cernée de parois de granit. C'est le versant sauvage et vide des deux parcs, celui que la foule oublie.

Acte IV. Death Valley puis Joshua Tree, le grand écart désertique

Voici le cœur intense du voyage. On quitte les forêts d'altitude, on franchit les montagnes vers l'est, et le paysage se vide jusqu'à l'os. Death Valley est le plus grand parc national des États-Unis hors Alaska, et le plus extrême : à Badwater Basin, une croûte de sel hexagonal s'étend à perte de vue, quatre-vingt-six mètres sous le niveau de la mer, le point le plus bas du continent. La chaleur y a battu des records planétaires, près de 57 degrés relevés à Furnace Creek. On roule d'un décor à l'autre : les dunes de Mesquite Flat au lever du jour, la palette minérale d'Artists Palette, le belvédère de Zabriskie Point sur les badlands plissés. Tout est démesuré, et rien n'est hostile si l'on respecte la règle : de l'eau, du plein d'essence, et pas de marche en pleine chaleur.

Puis on met le cap au sud vers un autre désert, plus doux. Palm Springs fait halte oasis, avec ses palmiers et son téléphérique qui grimpe au frais sur les hauteurs. Juste à côté, Joshua Tree marque la rencontre de deux déserts, le Mojave et le Colorado. Les arbres de Josué y lèvent leurs silhouettes hérissées, mi-plante mi-personnage, pendant que le Cholla Cactus Garden allume au soleil couchant des milliers de cactus dorés. Les blocs de granit arrondis en font un terrain de jeu de grimpeurs, et le ciel nocturne, l'un des plus étoilés de Californie, referme la journée.

Acte V. Los Angeles, la douceur du sud et le secret de Channel Islands

Après le feu du désert, la côte fait l'effet d'un bain tiède. On descend sur Los Angeles, tentaculaire et solaire, dont on prend la mesure d'un seul regard depuis le Griffith Observatory : la ville jusqu'à l'océan, le panneau Hollywood sur la colline d'en face, et le smog qui rosit au couchant. On s'y arrête le temps qu'il faut, plages de Santa Monica ou musées, avant de reprendre vers le nord et la Californie plus tranquille des missions espagnoles.

Santa Barbara déroule ses toits de tuile et sa mission blanche de 1786, surnommée la reine des missions, sous les palmiers. Mais le vrai trésor de cette étape se gagne en bateau. Depuis Ventura, un ferry file en une heure vers Channel Islands, archipel resté à l'écart du continent, l'un des parcs nationaux les moins fréquentés du pays. Sur Anacapa, l'arche de pierre plantée dans le ressac garde l'entrée ; sur Santa Cruz, la plus grande île, des grottes marines se visitent au kayak et un petit renard qu'on ne trouve nulle part ailleurs trotte entre les buissons. On l'appelle les Galápagos de Californie pour ses espèces endémiques, et le mérite est réel. Réservez le bateau, prévoyez la journée entière : c'est le climax discret du circuit, celui dont personne ne parle.

Acte VI. La remontée par la Highway 1 : Big Sur, Monterey, Pinnacles

Voici la longue chute du voyage, et l'une des plus belles routes du monde. De Santa Barbara, la Highway 1 remonte le littoral et, passé San Simeon, entre dans Big Sur : la route se colle à la falaise, l'océan gronde en contrebas, et chaque virage ouvre un nouveau tableau. Le Bixby Creek Bridge, arche de béton jetée au-dessus du vide, en est la carte postale ; quelques kilomètres plus loin, McWay Falls tombe droit sur une plage inaccessible, dans une crique d'un vert irréel. On roule lentement, on s'arrête souvent, on dort sur place si le budget suit.

La séquence se termine en douceur à Carmel-by-the-Sea et Monterey, dont l'aquarium compte parmi les plus beaux du pays. Entre les deux, la 17-Mile Drive serpente entre villas et cyprès tordus jusqu'au Lone Cypress, arbre solitaire agrippé à son rocher, emblème de toute la côte. Envie d'un dernier crochet à l'écart de la foule avant de rentrer ? Depuis Soledad, une heure vers l'intérieur mène aux orgues rocheuses de Pinnacles, les restes d'un volcan fendu et déplacé par la faille de San Andreas, fief discret des condors de Californie. Puis la route file plein nord, la brume revient sur la baie, et l'on rend le volant à San Francisco. La boucle est bouclée, et l'on a traversé plusieurs mondes sans quitter un seul État.

Quelle saison pour tout faire

C'est la vraie difficulté de ce circuit, et elle n'a pas de solution parfaite. La Californie des parcs vous prend en tenaille entre la montagne et le désert, qui n'aiment pas les mêmes saisons. En hiver, les déserts sont idéaux, doux et lumineux, mais la haute montagne dort sous la neige : la route de Glacier Point et la haute route de Tioga à Yosemite sont fermées, la Generals Highway de Sequoia impose les chaînes, et la moitié des belvédères d'altitude sont hors d'atteinte. En plein été, c'est l'inverse : toutes les routes de montagne sont ouvertes, mais Death Valley devient un four à plus de 50 degrés et Joshua Tree suffoque. On ne peut pas tout avoir en même temps.

La fenêtre juste tient donc dans deux créneaux courts. La fin du printemps, de mai à juin, est notre préférée : la route de Tioga vient de rouvrir, les cascades de Yosemite sont pleines de la fonte des neiges, et le désert reste encore supportable. Le début d'automne, de septembre à octobre, offre l'autre bonne fenêtre : le désert redescend en température, les routes de montagne tiennent avant les premières neiges, et la lumière rasante habille tout. Évitez le plein été pour le désert et le plein hiver pour la montagne, et vous ferez tout le circuit sans mauvaise surprise.

Côté budget, le gros poste reste la voiture, location plus carburant sur de longues distances intérieures. L'hébergement pèse lourd dans les lodges de parc, à Yosemite, à Furnace Creek et sur la côte de Big Sur : réserver tôt est le meilleur levier d'économie. Les entrées de parcs se règlent d'un coup avec le pass America the Beautiful, et le ferry de Channel Islands reste modeste au regard de ce qu'il offre. Nous donnons des ordres de grandeur : bâtissez votre budget précis sur des devis récents, les tarifs californiens bougent vite.

Les parcs nationaux de ce road trip

Le planning jour par jour

Voici une trame en quinze à dix-huit jours, à étirer selon votre rythme. Chaque bloc correspond à un acte du récit.

Jours 1 et 2, San Francisco. Récupération de la voiture, deux nuits en ville, courses et réservations bouclées avant de partir vers l'est.

Jours 3 à 5, Yosemite. Environ quatre heures de route depuis San Francisco. Trois jours pleins : la vallée, Glacier Point, une randonnée, la haute route de Tioga si elle est ouverte.

Jours 6 et 7, Sequoia et Kings Canyon. Une longue demi-journée de route par le sud de la Sierra. Les séquoias géants le premier jour, le fond de Kings Canyon le second.

Jours 8 à 10, Death Valley et Joshua Tree. Le grand transfert désertique, à faire le matin au frais. Deux jours à Death Valley, la parenthèse de Palm Springs, puis Joshua Tree.

Jours 11 à 13, Los Angeles, Santa Barbara et Channel Islands. La descente sur Los Angeles, la remontée vers Santa Barbara, et la journée de ferry vers Channel Islands depuis Ventura.

Jours 14 à 18, la Highway 1 et le retour. La remontée côtière : Big Sur au pas, Monterey et Carmel, le crochet de Pinnacles, puis le retour à San Francisco. C'est ici que l'on gagne ou perd les trois jours de marge.

Les variantes du circuit

Version 12 jours, sans le désert. Pas dix-huit jours devant vous, ou une visite en plein été ? On coupe la branche désertique. Depuis Sequoia, on rejoint directement la côte et l'on descend sur Santa Barbara, puis Los Angeles et Channel Islands, avant de remonter la Highway 1. On garde la montagne, les géants et la côte, on économise le plus dur des transferts, et l'on évite la fournaise de Death Valley. La dramaturgie y survit très bien : le contraste granit-océan porte encore le voyage.

Prolonger vers le nord par la côte. Channel Islands et Big Sur vous ont donné le goût du large ? Au lieu de refermer la boucle sur San Francisco, poussez plus haut : notre road trip de la côte Pacifique reprend le flambeau depuis la baie et remonte tout le littoral jusqu'à l'État de Washington. Les deux fiches se raboutent proprement à San Francisco.

Questions fréquentes

Combien de temps pour un road trip des parcs de Californie ?

Comptez quinze jours pour l'essentiel, dix-huit pour respirer. Le circuit relie cinq parcs sur le tracé plus le détour de Channel Islands, avec de longues distances intérieures : c'est le format « road trip Californie 3 semaines » ramené à sa version dense, sans temps mort.

Quelle est la meilleure saison pour tout faire ?

La fin du printemps, de mai à juin, ou le début d'automne, de septembre à octobre. C'est le seul moment où la haute montagne de Yosemite est déneigée et où le désert reste supportable. Le plein été grille Death Valley, le plein hiver ferme les routes d'altitude.

Peut-on faire ce circuit en boucle depuis San Francisco ?

Oui, et c'est tout son intérêt. On part et l'on rend la voiture au même endroit, sans supplément d'aller simple. On file d'abord vers l'intérieur, Yosemite et les déserts, puis on rentre par la Highway 1 et Big Sur.

Faut-il vraiment aller à Channel Islands ?

Si le temps le permet, oui, sans hésiter. Une heure de ferry depuis Ventura sépare le continent de l'un des parcs les moins fréquentés du pays, avec ses arches marines et ses espèces endémiques. C'est le climax discret du voyage, celui qui reste en mémoire.

Peut-on relier Yosemite et Sequoia directement ?

Pas en ligne droite : aucune route ne traverse la haute Sierra entre les deux. Il faut redescendre dans la vallée et remonter par le sud, une longue demi-journée de route, à prévoir dans le planning.