Road trip côte Pacifique : de Los Angeles à Olympic par la Highway 1
zone: "De la Californie à l'État de Washington"
Road trip côte Pacifique : de Los Angeles à Olympic par la Highway 1
Six heures du matin sur un pont de Big Sur. La brume marine monte du ravin, s'accroche aux haubans du Bixby Creek Bridge, puis se déchire d'un coup sur le bleu du Pacifique. Deux cents kilomètres plus au sud, une colonie d'éléphants de mer barrit sur le sable de Piedras Blancas, vautrée à quelques mètres de la rambarde. Mille kilomètres plus au nord, la Highway 101 s'enfonce sous des séquoias de cent mètres, et la lumière tombe en colonnes. Plus loin, un cratère de neuf kilomètres de large tient une eau si bleue qu'on la croirait retouchée, dans un silence que rien ne vient rider. Et tout au bout de la carte, une forêt boit plus de trois mètres de pluie par an pendant que des plages sauvages collectionnent les troncs blanchis : la péninsule Olympique, dernier acte du voyage.
Ce road trip relie ces cinq images. Il part de Los Angeles, remonte toute la côte californienne par la mythique Highway 1, franchit l'Oregon, s'offre un détour assumé jusqu'à la caldeira de Crater Lake, puis revient au rivage et finit dans l'État de Washington, au cœur de la péninsule Olympique. On roule l'océan à main gauche pendant trois semaines, la côte s'ensauvage à mesure qu'on monte, et le voyage se referme sur un ferry qui glisse vers Seattle. C'est la côte Pacifique en entier, d'un bout à l'autre.
Fond © OpenStreetMap · © CARTO - 1. Los Angeles
- 2. Santa Barbara
- 3. San Simeon et Piedras Blancas
- 4. Big Sur
- 5. Monterey et Carmel
- 6. San Francisco
- 7. Côte de Mendocino
- 8. Samuel H. Boardman
- 9. Bandon
- 10. Cannon Beach et Astoria
- 11. Forks, la Hoh et les plages sauvages
- 12. Port Angeles, le ferry et Seattle
- ↳ détour vers Crater Lake
1 étape parc national du circuit détour
Dans quel sens rouler, et pour combien de temps
C'est le premier vrai débat de ce circuit, et il n'a pas de réponse neutre. Rouler du nord vers le sud met la voiture côté océan : aux États-Unis, on conduit à droite, et vers le sud les belvédères tombent dans votre file, sans traversée de la Highway 1. C'est l'argument des puristes, et il est bon.
Nous roulons pourtant du sud vers le nord, et nous l'assumons. Ce circuit a un cap, le nord-ouest sauvage, et un récit qui monte vers lui : la caldeira de Crater Lake en sommet intérieur, la péninsule Olympique en dernier acte. Commencer sous les palmiers de Los Angeles, gagner du sauvage à chaque étape, finir dans une forêt pluviale : la dramaturgie est de ce côté-là. L'océan reste à main gauche tout du long, ce qui donne le plus beau champ de vision. Les arrêts côté mer imposent quelques tourne-à-gauche à travers la route, mais hors des villes, la Highway 1 n'est jamais assez chargée pour que ça pose problème.
Sur la durée, tablez sur trois semaines pleines. En deux semaines, on taille dans les étapes ou l'on s'arrête après Crater Lake (voir les variantes). La distance côtière avoisine 2 500 kilomètres, à quoi s'ajoutent les allers-retours vers l'intérieur. Le piège du débutant, c'est de raisonner en kilomètres : ici, on raisonne en arrêts. Big Sur seul mérite une journée entière à rouler au pas.
Acte I. De Los Angeles à Big Sur
On récupère la voiture à Los Angeles, on traverse la ville sans s'y attarder, et la Californie méditerranéenne commence à Santa Barbara : tuiles rouges, palmiers, une mission blanche au-dessus des toits. C'est une bonne première nuit pour caler le rythme avant les falaises. Depuis Ventura, juste au sud, on embarque pour Channel Islands, l'archipel sauvage parfois surnommé les Galápagos de Californie : il faut réserver le bateau et prévoir la journée, mais l'isolement récompense l'effort.
La route reprend vers le nord et la houle grossit. À hauteur de San Simeon, l'arrêt de Piedras Blancas rassemble des centaines d'éléphants de mer, mâles de trois tonnes compris, à portée de regard depuis un simple ponton de bois. Le spectacle est gratuit et permanent, la puanteur aussi. Un peu plus loin, Morro Bay plante son rocher volcanique dans une baie tranquille, avec ses loutres dans le chenal, le temps d'un déjeuner de fruits de mer.
Puis vient Big Sur, le tronçon qui a fait la légende de la Highway 1. Le Bixby Creek Bridge, arche de béton jetée au-dessus du vide, en est la carte postale. Quelques virages plus loin, McWay Falls tombe droit sur une plage inaccessible, dans une crique d'un vert irréel. On roule lentement, on s'arrête souvent, on dort sur place si le budget suit. La séquence se termine en douceur à Carmel-by-the-Sea et Monterey, dont l'aquarium compte parmi les plus beaux du pays. Entre les deux, la 17-Mile Drive serpente entre cyprès tordus et villas, et Point Lobos aligne ses criques d'eau turquoise. Envie d'un crochet à l'écart de la foule ? Depuis Soledad, une heure vers l'intérieur mène aux orgues rocheuses de Pinnacles, fief discret des condors de Californie.
Acte II. San Francisco et la côte qui s'ensauvage
San Francisco mérite deux nuits, ne serait-ce que pour voir la brume avaler le Golden Gate puis le rendre, orange sur fond gris. Alcatraz, les rues en pente, les quartiers du bord de baie : la ville donne le ton d'une Californie plus fraîche, plus venteuse. On la quitte par le nord, et c'est un basculement.
Au-delà du pont, la côte change de caractère. Fini les stations balnéaires : la Highway 1 grimpe sur les falaises de Mendocino, cheveux au vent, sans garde-corps par endroits. Les villages de bois patiné remplacent les fronts de mer léchés, les points de vue se méritent, et l'on croise plus de troupeaux que de touristes. C'est ici que le voyage bascule de la carte postale au grand large.
Acte III. Sous les séquoias de Redwood
Plus au nord, la Highway 101 reprend la main et plonge dans Redwood, qui abrite les plus hauts arbres du monde. On quitte un instant la route principale pour l'Avenue of the Giants, une boucle qui se faufile entre des troncs de plus de cent mètres. La lumière tombe filtrée, l'air sent la résine humide, et le silence a une densité qu'on n'oublie pas. C'est le contrepoint parfait des falaises : après le vent du large, la nef d'une forêt.
Prenez le temps d'une marche à pied, même courte. On ne mesure la taille de ces arbres qu'en se tenant à leur pied, la tête renversée, incapable d'en voir la cime.
Acte IV. L'Oregon, et le détour vers Crater Lake
La frontière de l'Oregon ne s'annonce par aucun panneau mémorable, mais la côte, elle, monte d'un cran. Samuel H. Boardman déroule une douzaine de kilomètres de viaducs, d'arches de pierre et de ponts naturels au-dessus d'une mer semée de rochers noirs. On s'arrête à chaque belvédère, on redescend vers des criques cachées, on repart. Un peu plus loin, Bandon aligne ses sea stacks devant Face Rock, ces monolithes plantés dans le ressac que le coucher de soleil enflamme. C'est ici, à Bandon, que se joue le grand écart du circuit.
Car on y tourne le dos à l'océan. Deux heures trente vers l'intérieur, la route grimpe dans la forêt, franchit un col, et débouche sans prévenir sur le vide : Crater Lake. Il y a 7 700 ans, le mont Mazama s'est effondré sur lui-même et a laissé une caldeira de neuf kilomètres, que la pluie et la neige ont remplie d'une eau de 594 mètres de fond, la plus profonde des États-Unis. Aucune rivière n'y entre, aucune n'en sort : de là vient ce bleu invraisemblable. Wizard Island, un cône volcanique posé au milieu, achève le tableau. On fait le tour par la Rim Drive, on se tait, et l'on comprend pourquoi on a quitté la côte. On croirait tenir la fin du voyage : ce n'est que son sommet intérieur. Le lendemain, on redescend vers l'océan, et le nord reprend ses droits.
Acte V. Washington et le final à Olympic
De retour sur la 101, la côte de l'Oregon garde le meilleur pour la fin de sa remontée. Cannon Beach étire des kilomètres de sable dur autour de Haystack Rock, un monolithe de 72 mètres posé dans le ressac : à marée basse, on marche jusqu'à ses bassins d'anémones et d'étoiles de mer, et à la belle saison des macareux huppés nichent sur ses corniches. À Astoria, le pont d'Astoria-Megler enjambe l'estuaire du Columbia sur plus de six kilomètres. De l'autre côté commence l'État de Washington, et le décor change une dernière fois.
La péninsule Olympique est un monde en soi, gardé par Olympic, et on lui consacre les derniers jours pleins du voyage. Dans la vallée de la Hoh, la forêt pluviale tempérée reçoit plus de trois mètres d'eau par an : les épicéas y portent des manchons de mousse, la lumière est verte, et le sentier du Hall of Mosses se parcourt à voix basse. Sur la côte, Ruby Beach et Rialto Beach collectionnent les troncs blanchis que les rivières leur apportent, couchés en travers du sable face aux sea stacks ; à Rialto, la marée basse ouvre le passage de Hole-in-the-Wall, une arche percée dans la falaise. Et pour prendre de la hauteur, la route de Hurricane Ridge grimpe au-dessus de Port Angeles jusqu'à une crête qui regarde d'un côté les glaciers du mont Olympus, de l'autre le détroit de Juan de Fuca et, par temps clair, le Canada.
La chute, on la garde pour la toute fin. Depuis la péninsule, on rejoint Seattle en glissant sur le Puget Sound à bord d'un ferry, la voiture dans la cale et la skyline qui grandit sur l'eau. Trois semaines après les palmiers de Los Angeles, on rend le volant au pied de la Space Needle, avec l'impression d'avoir traversé plusieurs pays sans jamais changer d'océan.
Quand partir, et quel budget
La côte se roule presque toute l'année, mais ce circuit a une contrainte qui commande le reste : Crater Lake dort sous plusieurs mètres de neige une bonne partie de l'année. Pour trouver à la fois une Highway 1 dégagée et une Rim Drive ouverte, visez de la mi-juillet à la mi-octobre. L'arrière-saison, en septembre et début octobre, réunit lumière chaude, foules clairsemées et parc encore accessible : c'est notre fenêtre préférée. Sur la péninsule Olympique, juillet à septembre est la période la plus sèche d'un endroit qui ne l'est jamais vraiment : la Hoh reçoit l'essentiel de sa pluie entre l'automne et le printemps, et la route de Hurricane Ridge est dégagée en été.
L'été matinal apporte souvent la fameuse brume côtière, qui se lève en milieu de journée. En hiver, Big Sur ferme régulièrement après les tempêtes et les glissements de terrain, Crater Lake se réduit à sa moitié sud sous la neige, et la péninsule Olympique passe en mode tempête : la belle boucle n'est plus possible.
Côté budget, le gros poste reste la voiture, location plus carburant sur une longue distance, avec le supplément d'aller simple entre Los Angeles et Seattle. L'hébergement pèse lourd sur ce littoral prisé, surtout à Big Sur, à San Francisco et dans les lodges de parc : réserver tôt est le meilleur levier d'économie. Les entrées payantes (aquarium de Monterey, bateau pour Channel Islands, parcs nationaux, ferry du Puget Sound) restent modestes en comparaison. Nous donnons des ordres de grandeur : bâtissez votre budget précis sur des devis récents, les tarifs de la côte ouest bougent vite.
Les parcs nationaux de ce road trip
Les variantes du circuit
Version courte, San Francisco - Los Angeles. Pas trois semaines devant vous ? La Highway 1 entre San Francisco et Los Angeles se fait en une semaine, et c'est déjà un grand voyage. Sur ce tronçon seul, roulez plutôt du nord vers le sud pour garder la voiture côté océan. C'est le classique du road trip San Francisco - Los Angeles en voiture, Big Sur en point d'orgue.
Version deux semaines, finir à Crater Lake. On garde la Californie entière, la côte sud de l'Oregon et le détour vers la caldeira, puis on rend la voiture à Medford au lieu de pousser jusqu'à Seattle. La dramaturgie y survit très bien : Crater Lake fait un final de premier ordre quand Olympic attendra le prochain voyage.
Détour intérieur, Lassen Volcanic. Entre la baie de San Francisco et le nord, un crochet vers l'est mène à Lassen Volcanic, ses fumerolles et ses marmites de boue : un avant-goût de volcans avant Crater Lake.
Questions fréquentes
Dans quel sens faire la Highway 1 ?
Pour la Highway 1 seule, le nord vers le sud garde la voiture côté océan, avec les belvédères dans votre file. Pour ce grand circuit qui monte vers Crater Lake puis Olympic, nous roulons du sud vers le nord, afin de faire grandir le voyage jusqu'à son final sauvage.
Combien de temps pour faire toute la côte Pacifique en voiture ?
De Los Angeles à Seattle par la côte, comptez trois semaines confortables : environ 2 500 kilomètres de littoral, le détour vers Crater Lake et deux jours pleins dans Olympic. En deux semaines, arrêtez-vous après Crater Lake et rendez la voiture à Medford.
Combien de temps pour relier San Francisco et Los Angeles en voiture ?
En ligne directe par l'autoroute, six à sept heures. Mais l'intérêt de ce trajet, c'est justement de ne pas le faire vite : par la Highway 1, comptez cinq à sept jours pour en profiter, Big Sur en tête.
Le détour vers Crater Lake vaut-il vraiment le coup ?
Oui, et c'est un choix éditorial assumé. Deux heures trente séparent la côte de la seule caldeira du genre aux États-Unis. Le contraste entre l'océan et ce lac de montagne immobile est le sommet intérieur du voyage.
Peut-on faire ce road trip en hiver ?
En partie seulement. Big Sur ferme souvent après les tempêtes, Crater Lake devient inaccessible sur sa moitié nord, et la péninsule Olympique passe en régime de tempêtes, spectaculaire mais rude. Pour la boucle complète, la mi-été à l'arrière-saison reste la seule vraie fenêtre.