Un geyser blanc qui fend un ciel plat, un canyon réduit à trois aplats d'ocre, une typographie condensée qui annonce un « Ranger Naturalist Service » : si vous avez déjà vu une affiche de parc national américain, vous avez vu l'héritage de la WPA. Entre 1938 et 1941, un petit atelier fédéral de Berkeley a tiré à la main quatorze affiches pour treize parcs et monuments, vendues douze cents pièce. La guerre a fermé l'atelier, les affiches ont été jetées, et le style a failli disparaître avec elles. Il a fallu qu'un ranger saisonnier en sauve une du feu, en 1973, pour que cette série redevienne la référence visuelle de tous les parcs américains. Voici son histoire, ses originaux, l'homme qui l'a ressuscitée, et pourquoi, depuis l'Europe, elle reste si difficile à accrocher chez soi.
- 1935La WPA et son Federal Art Project : 35 000 modèles en huit ans.
- 1938Le National Park Service rejoint le programme. Berkeley, sérigraphie, 12 cents.
- 1941Quatorze modèles pour treize sites. La guerre ferme l’atelier.
- 1973À Grand Teton, le ranger Doug Leen sauve une affiche du feu.
- 1993Ranger Doug réédite la série et la prolonge.
- 202663 parcs, une affiche chacun, imprimée près de chez vous.
Une affiche à douze cents
En 1935, au creux de la Grande Dépression, l'administration Roosevelt crée la Works Progress Administration, la WPA, pour remettre au travail des millions d'Américains. Son Federal Art Project emploie artistes, graveurs et imprimeurs : en huit ans, ses ateliers produisent quelque 35 000 modèles d'affiches, tirés à plus de deux millions d'exemplaires, pour la santé publique, l'éducation, le théâtre, la sécurité et le voyage.
Le National Park Service rejoint le programme en 1938. Les parcs viennent d'être rénovés par les chantiers du Civilian Conservation Corps, il faut maintenant y faire venir les visiteurs. Une affiche coûte 12 dollars le cent, douze cents l'unité, et ne vend qu'un service public gratuit : « Ranger Naturalist Service », « a free government service », « the national parks preserve wild life ». On est loin de la publicité touristique, et cette sincérité se voit encore.
Berkeley, l'atelier des sérigraphies
La série naît au Western Museum Laboratories de Berkeley, en Californie, sous l'impulsion de Dorr Yeager, naturaliste du National Park Service. Le graphiste C. Don Powell dessine la plupart des modèles, le sérigraphe Dale Miller les imprime : un écran de soie par couleur, quelques aplats, aucun dégradé. C'est cette contrainte qui fait le style : trois à cinq couleurs, un ciel qui n'est qu'une couleur, une montagne qui n'est qu'une silhouette.
Les écrans de l'époque étaient fragiles : chaque modèle n'est tiré qu'à cinquante ou cent exemplaires, d'où la rareté extrême des originaux. Le programme s'arrête avec l'entrée en guerre des États-Unis. Après 1941, l'atelier ferme, et les affiches encore en circulation finissent, pour l'essentiel, à la poubelle des visitor centers.
Les 14 affiches, les 13 parcs
Powell et Miller n'ont eu le temps de produire que quatorze modèles. Treize sites sont représentés, Yellowstone ayant eu droit à deux affiches, le geyser et les chutes. La liste raconte les priorités du National Park Service de 1938 : les grands parcs de l'Ouest d'abord, deux monuments historiques ensuite.
- Yellowstone (deux affiches)
- Grand Canyon
- Grand Teton
- Glacier
- Yosemite
- Zion
- Mount Rainier
- Lassen Volcanic
- Petrified Forest (parc national depuis 1962)
- Wind Cave
- Great Smoky Mountains
- Bandelier National Monument
- Fort Marion National Monument (aujourd'hui Castillo de San Marcos)
Onze de ces sites sont des parcs nationaux d'aujourd'hui. Les deux monuments n'en sont pas, et surtout : la série originale ne couvre qu'une poignée des 63 parcs nationaux actuels. Quiconque vous propose une « affiche WPA originale » de Bryce Canyon, d'Arches ou des Everglades vous vend une création contemporaine. Ce n'est pas honteux, à condition de le dire.
Les originaux
Scans de la Library of Congress, domaine public. Cliquez pour agrandir.
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Yellowstone National Park, Ranger Naturalist Service (Old Faithful), C. Don Powell, vers 1938LC-DIG-ppmsca-13399 / LCCN 2007676133 -
Grand Canyon National Park, a free government service, C. Don Powell, vers 1938LCCN 2007676131 -
Zion National Park, Ranger Naturalist Service, C. Don Powell, vers 1938LCCN 2007676134 -
Lassen Volcanic National Park, Ranger Naturalist Service, vers 1938LCCN 2007676132 -
Fort Marion National Monument, St. Augustine, Florida, vers 1938LCCN 2007676130 -
The national parks preserve wild life, affiche WPA pour le National Park Service, vers 1938Library of Congress, WPA Posters -
Don't kill our wild life, affiche WPA, 1936-1940Library of Congress, WPA Posters
Pourquoi ces affiches sont devenues iconiques
Produite en quelques centaines d'exemplaires, oubliée pendant trente ans, la série est devenue l'un des langages graphiques les plus copiés des États-Unis. Trois raisons. La sérigraphie interdit le détail, donc elle impose la synthèse : un parc de 9 000 km² devient un geyser, une forêt devient une rangée de triangles, exactement ce que fait la mémoire d'un voyageur. Les capitales condensées, empilées sur deux ou trois lignes, donnent à chaque affiche l'allure d'une plaque officielle : le nom du parc n'est pas un titre, c'est une inscription. Et ces affiches sont nées d'un programme public, pas d'une agence : elles ne vendaient rien d'autre que l'accès à un bien commun.
1973 : l'affiche sauvée du feu
Sans Doug Leen, cette histoire s'arrêterait en 1941. En 1973, ce ranger saisonnier de Grand Teton nettoie un hangar de stockage du parc et tombe sur une affiche promise au feu. Il la ramène chez lui, l'accroche au mur, et commence une enquête qui durera vingt ans. Personne, au National Park Service, ne se souvient de la série. Les originaux ont disparu ; ceux qui subsistent dorment dans des collections privées.
L'enquête aboutit dans les tiroirs des archives du National Park Service, à Harpers Ferry, en Virginie-Occidentale : treize négatifs noir et blanc y ont survécu. Ils permettent de reconstituer la série entière et de la rééditer, avec les couleurs relevées sur les rares exemplaires connus. Douze originaux ont depuis été localisés.
Ranger Doug, l'homme qui a ressuscité la série
Devenu « Ranger Doug », Doug Leen fonde en 1993 Ranger Doug's Enterprises, à Seattle, d'abord pour financer Grand Teton, son ancien parc. Son travail tient en deux volets. D'abord la réédition fidèle des quatorze originaux, imprimés comme en 1938 : en sérigraphie, chez Tahoma Print à Fife, dans l'État de Washington, jusqu'à dix couleurs par affiche, couche de stabilisation et vernis anti-frottement compris. Ensuite, et c'est là que l'histoire continue, la création de nouveaux modèles « dans le style de la WPA » avec l'illustrateur Brian Maebius, à la demande des parcs eux-mêmes, pour ceux que le programme de 1938 n'avait jamais illustrés. Il y en a aujourd'hui une soixantaine, soit environ soixante-dix designs au catalogue avec les originaux, certains en éditions limitées.
C'est le seul atelier au monde qui prolonge la série avec sa technique d'origine, et rangerdoug.com mérite la visite pour cette raison. Il a une limite, et elle est de taille pour nous : Ranger Doug ne livre pas en Europe. Ses expéditions sont conçues pour l'Amérique du Nord ; depuis chez nous, ses sérigraphies se rapportent dans la valise ou passent par un intermédiaire, au prix fort.
Voir les sérigraphies de Ranger Doug ↗ Site externe, livraison Amérique du Nord
Ce qu'on rapporte d'un visitor center
Car c'est là qu'on les trouve le plus souvent : dans les boutiques des visitor centers et des lodges, où les rééditions et les nouveaux modèles de Ranger Doug se vendent à côté des cartes topographiques et des passeports à tamponner. Vous en avez sûrement croisé, roulées dans leur tube, à la caisse d'Old Faithful ou de Zion Canyon. C'est le souvenir de parc par excellence : une image, un nom, une date de création, rien d'autre.
Le problème est de la ramener. Une affiche de 45 × 60 cm dans une valise, ou un tube rigide en cabine, tient rarement le voyage sans un pli, un coin écrasé ou une rayure. Et il faut être sur place.
Ma collection, et le problème depuis l'Europe
Chez moi, chaque parc visité a son affiche. Yellowstone à côté de Zion, Yosemite au-dessus du canapé, une par parc, rapportée du visitor center ou commandée au retour, quand c'était possible. Ce mur raconte des années de road trips, et c'est lui qui a lancé ce site.
Il raconte aussi une frustration. Depuis la France, compléter ce mur est un parcours du combattant : les affiches des parcs sont introuvables en boutique, le seul atelier fidèle ne livre pas chez nous, les revendeurs qui expédient facturent des frais de port et de douane parfois supérieurs au prix de l'affiche, et le tube arrive plié une fois sur trois. Et pour la plupart des parcs, il n'existe tout simplement aucune affiche à acheter : la série de 1938 en couvre treize, Ranger Doug une soixantaine, les 63 parcs nationaux ne sont couverts nulle part.
Ce que nous avons fait
Nous avons dessiné les nôtres. Une illustration originale par parc national, une par parc, soixante-trois en tout, dans la grammaire de 1938 : grandes masses, aplats d'encre, palette courte, capitales condensées, le nom du parc et son année de création dans l'ordre officiel, de Yellowstone (1872) à New River Gorge (2020). Ce ne sont pas des rééditions d'originaux, et nous ne les présentons jamais comme telles : ce sont des créations contemporaines, inspirées de la série WPA, pour les parcs qui n'en ont jamais eu comme pour ceux qui en ont une.
Et surtout, elles s'impriment près de chez vous. Chaque affiche est tirée à la demande sur papier d'art, mat 200 g ou museum 250 g, en trois tailles, dans un atelier situé en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs selon votre adresse, et expédiée roulée dans un tube rigide sous deux à cinq jours ouvrés. Pas de douane, pas de valise, pas de pli. Une affiche abîmée à l'arrivée est réimprimée sans discussion. C'est le mur de ma collection, rendu possible depuis n'importe où.
La collection, une affiche par parc
Imprimée près de chez vous, expédiée sous 2 à 5 jours. Réimpression offerte si elle arrive abîmée.
Où voir les originaux
Les originaux se voient d'abord en ligne. La Library of Congress conserve, dans sa collection d'affiches WPA, les exemplaires numérisés de Yellowstone, Zion, Grand Canyon, Lassen Volcanic et Fort Marion, ainsi que les affiches génériques du National Park Service sur la protection de la faune. Ce sont ces scans, dans le domaine public, que vous voyez sur cette page. Grand Teton, parc de la découverte de 1973, a présenté cinq originaux lors d'une conférence de Doug Leen en 2015 ; les archives de Harpers Ferry, où dorment les négatifs, ne se visitent pas.
Questions fréquentes
Combien d'affiches WPA de parcs nationaux ont été produites ?
Quatorze modèles, pour treize parcs et monuments, entre 1938 et 1941, chacun tiré à cinquante ou cent exemplaires en sérigraphie manuelle. Le programme s'est arrêté avec l'entrée en guerre des États-Unis.
Quels parcs ont eu une affiche WPA originale ?
Yellowstone (deux affiches), Grand Canyon, Grand Teton, Glacier, Yosemite, Zion, Mount Rainier, Lassen Volcanic, Petrified Forest, Wind Cave et Great Smoky Mountains, plus deux monuments nationaux : Bandelier et Fort Marion. Aucun autre parc n'a d'affiche WPA d'époque.
Peut-on acheter une affiche WPA en Europe ?
Les rééditions fidèles de Ranger Doug ne sont pas livrées en Europe : il faut les commander depuis l'Amérique du Nord ou les rapporter d'un visitor center. Nos affiches, elles, sont des créations inspirées de la série, imprimées à la demande dans un atelier proche de votre adresse, Europe comprise.
Les affiches WPA sont-elles libres de droits ?
Oui. Produites par une administration fédérale américaine, elles sont dans le domaine public. Les scans de la Library of Congress peuvent être reproduits librement, ce que fait cette page. Le style, lui, n'appartient à personne.
Vos affiches sont-elles des affiches WPA ?
Non. Ce sont des créations contemporaines inspirées de la série de 1938, une par parc national, imprimées à la commande. Pour une réédition d'original sérigraphiée à l'ancienne, adressez-vous à Ranger Doug's Enterprises.
Que veut dire « Ranger Naturalist Service » ?
C'est le service d'interprétation des parcs de l'époque : les rangers naturalistes menaient randonnées guidées, causeries au feu de camp et visites de musée, gratuitement. Les affiches en faisaient la promotion, d'où le slogan.





