Road trip dans l'Ouest américain en 15 jours : Las Vegas, Zion, Bryce, Moab et le Grand Canyon
Six heures du matin sur la route 163, quelque part au sud de la frontière de l'Utah. Le bitume file tout droit vers l'horizon, sans un virage, et vient buter sur trois blocs de grès rouge posés dans le désert : les mesas de Monument Valley, encore roses de la première lumière. C'est l'image que le cinéma a rendue célèbre, et elle ne déçoit pas. Deux jours plus tôt, à trois cents kilomètres au nord, la Virgin River nous arrivait aux genoux entre deux parois de plusieurs centaines de mètres, dans le corridor des Narrows de Zion. La veille encore, l'amphithéâtre de Bryce s'allumait d'un coup au lever du jour, dix mille cheminées de calcaire orange dressées sous nos pieds. Et il reste, plus loin sur la carte, un trou d'un kilomètre de fond où le silence a un poids : la rive sud du Grand Canyon.
Ce road trip relie ces images en une boucle propre. On part de Las Vegas, on grimpe vers les canyons de l'Utah, on traverse le plateau du Colorado par Zion, Bryce, la Scenic Byway 12 et Capitol Reef, on plante le camp à Moab pour Arches et Canyonlands, on redescend saluer Monument Valley, on finit devant le Grand Canyon, puis on rentre à Las Vegas par la Route 66. Six parcs nationaux, deux States, environ deux mille kilomètres, et une seule contrainte tenue de bout en bout : quinze jours pleins, soit deux semaines pour un voyage qui respire, pas une course contre la montre.
Fond © OpenStreetMap · © CARTO - 1. Las Vegas
- 2. Springdale et Zion
- 3. Bryce Canyon
- 4. Moab : Arches et Canyonlands, par la Byway 12
- 5. Monument Valley
- 6. Grand Canyon, rive sud
- 7. Seligman et la Route 66
1 étape parc national du circuit détour
Dans quel sens rouler cette boucle, et pour combien de temps
La boucle se roule dans les deux sens, mais celui que nous défendons a une logique. On monte d'abord vers les canyons de l'Utah, on garde le Grand Canyon pour la fin, et on rentre par la Route 66. Trois raisons à cela.
D'abord l'altitude. Las Vegas est presque au niveau du désert, Zion ouvre en douceur, et Bryce culmine autour de 2 500 mètres. Grimper par paliers laisse le corps s'habituer, et évite d'attaquer la première randonnée le souffle court.
Ensuite la dramaturgie. Ce circuit monte en intensité : les murs de Zion, les cheminées de Bryce, les arches de Moab, les monuments navajos, puis le vide absolu du Grand Canyon en point d'orgue. Le garder pour l'avant-dernier acte, c'est offrir au voyage son vrai climax. Rouler dans l'autre sens placerait le Grand Canyon au deuxième jour et finirait dans les embouteillages du Strip : la tension retombe.
Enfin le retour. La Route 66 entre le Grand Canyon et Las Vegas fait une chute idéale, nostalgique et détendue, avant de rendre la voiture. On termine sur une note douce plutôt que dans la circulation.
Las Vegas et la mise en jambes
Le voyage commence dans le bruit et les néons, et c'est très bien ainsi. Las Vegas est l'aéroport le plus commode pour attaquer les parcs de l'Utah, la voiture s'y loue à toute heure, et une première nuit sur place règle le décalage horaire avant de prendre le volant. On ne s'y attarde pas plus qu'une soirée : le Strip, un dîner, une bonne nuit, et l'on file au petit matin quand la ville dort encore.
La sortie de Las Vegas vers le nord-est bascule vite dans le désert du Mojave, puis dans les gorges de la Virgin River à la frontière de l'Arizona. En un peu moins de trois heures, les casinos ont laissé place aux premières falaises rouges. Faites le plein et les courses de bouche avant de quitter la ville : les prix montent à mesure qu'on approche des parcs, et l'essence se raréfie sur certaines portions.
Zion puis Bryce, les deux premiers chocs
Springdale annonce Zion avant même l'entrée du parc : la petite ville s'étire au pied de parois qui montent droit dans le ciel. Passé le porche, la navette obligatoire remonte le canyon en saison, voitures interdites sur la route panoramique, ce qui rend le lieu étonnamment calme. On descend à Temple of Sinawava pour la Riverside Walk, puis, si le débit et la météo le permettent, on entre dans l'eau : les Narrows remontent la Virgin River entre des murs si rapprochés qu'ils cachent le soleil. Les mollets solides visent plutôt Angels Landing et son arête à chaînes, désormais soumise à un tirage au sort de permis. Les autres se contentent des Emerald Pools ou du belvédère de Canyon Overlook : à Zion, même les marches faciles paient.
Le lendemain, on quitte Zion par l'est et la Zion-Mount Carmel Highway, une route taillée dans le grès qui plonge dans un tunnel d'un autre âge, avant de déboucher sur un plateau plus haut et plus frais. Une heure et demie suffit pour rejoindre Bryce Canyon, et le contraste est total. Ici, pas de canyon creusé par une rivière, mais un rebord de falaise grignoté par le gel en une armée de hoodoos, ces cheminées de calcaire orange que le lever du jour incendie. On enchaîne les belvédères de Sunrise, Sunset et Inspiration Points, puis on descend dans l'amphithéâtre par le Navajo Loop et la Queen's Garden : marcher entre les cheminées, la tête levée, vaut tous les points de vue d'en haut.
La Byway 12 et Capitol Reef, la traversée qui monte vers Moab
Entre Bryce et Moab, on aurait pu couper au plus court. On prend au contraire la Scenic Byway 12, l'une des plus belles routes du pays, classée All-American Road. Elle s'enfonce dans le Grand Staircase-Escalante, franchit des cols boisés, puis se resserre sur le Hogback, une arête de bitume large de la seule chaussée, le vide de chaque côté. La halte de Calf Creek, une cascade au fond d'un vallon de grès, casse la route à mi-parcours. Au bout, la Byway 12 grimpe sur les flancs de Boulder Mountain et redescend sur Torrey, à la porte de Capitol Reef.
Capitol Reef est le parc discret de ce circuit, et souvent le préféré de ceux qui le découvrent. Il protège le Waterpocket Fold, une ride de l'écorce terrestre longue de cent soixante kilomètres, un mur de roche plissé que la route traverse par une brèche. Au cœur du parc, le hameau de Fruita garde les vergers plantés par les colons mormons : en saison, on cueille soi-même pommes et abricots, et la Gifford House vend des tartes qui valent l'arrêt. La Scenic Drive file ensuite sous les falaises, jusqu'aux pétroglyphes gravés par la culture Fremont. On repart vers l'est en fin de journée : par la route 24 puis l'Interstate 70, Moab est à deux heures et demie.
Moab : Arches et Canyonlands
Moab est la seule vraie ville du parcours, blottie dans une boucle du fleuve Colorado, entourée de roche rouge de tous côtés. On y pose le camp pour deux parcs voisins et opposés. Le matin, on attaque tôt : la lumière est meilleure et la chaleur moins dure.
Arches tient dans son nom. Le parc catalogue plus de deux mille arches de grès, et la plus célèbre, Delicate Arch, se mérite au bout d'une montée d'environ une heure sur la roche nue : au sommet, l'arche se dresse seule, les montagnes de La Sal encore enneigées dans son cadre. Plus accessibles, les Windows, Balanced Rock et Landscape Arch, la plus longue du parc, alignent les silhouettes sans effort. En haute saison, l'entrée du parc se réserve à l'avance sur un créneau horaire : à vérifier avant de venir.
Canyonlands joue une autre partition, celle du grand vide. Le secteur d'Island in the Sky, le plus proche de Moab, est une mesa suspendue au-dessus de la confluence du Colorado et de la Green River. Au petit matin, on court à Mesa Arch : le soleil rasant passe sous l'arche et embrase sa face inférieure, une minute de magie que tous les photographes guettent. Grand View Point, au bout de la mesa, ouvre sur des canyons étagés à perte de vue. Les secteurs des Needles et du Maze, plus loin et plus sauvages, se gardent pour un autre voyage.
Monument Valley, le grand décor navajo
De Moab, on descend plein sud vers la nation Navajo. La route 191 puis la 163 traversent un désert de plus en plus minéral, et l'on arrive à Monument Valley par la fameuse ligne droite : le Forrest Gump Point, où le bitume file vers les mesas comme une piste d'atterrissage. Ce n'est pas un parc national mais un parc tribal navajo, géré par la nation, avec son propre droit d'entrée. La distinction compte aussi pour l'heure : la nation Navajo applique l'heure d'été, contrairement au reste de l'Arizona, un piège classique pour les levers de soleil.
Le cœur du site se parcourt par la Valley Drive, une piste de terre de dix-sept miles qui serpente entre les buttes : la West Mitten, la East Mitten et Merrick Butte, ces mains de grès aux doigts dressés que John Ford a filmées dans ses westerns. On la roule à son rythme avec sa propre voiture si la piste est sèche, ou avec un guide navajo, seul habilité à mener dans les secteurs fermés au public. Le coucher de soleil sur les mittens, depuis la terrasse de The View, referme la journée sur l'un des plus beaux décors de l'Ouest.
Le Grand Canyon et le retour par la Route 66
Le dernier grand acte s'atteint par la plus belle porte. Depuis Monument Valley, on file vers l'ouest par Kayenta, Tuba City et Cameron, puis on entre au Grand Canyon par l'est, à Desert View. Là, la tour de guet dessinée par Mary Colter en 1932 domine la première vue du gouffre, et la route de la rive suit ensuite le rebord, de belvédère en belvédère, jusqu'au village. Rien ne prépare vraiment à l'échelle : un kilomètre et demi de profondeur, près de quatre cent cinquante kilomètres de long, et le fleuve Colorado réduit à un fil vert tout au fond.
On consacre une journée pleine à la rive sud. La navette gratuite dessert les points de vue fermés aux voitures, le Rim Trail longe le vide presque à plat, et les plus entraînés descendent un bout du South Kaibab ou du Bright Angel, en gardant en tête que la remontée coûte le double. Le coucher de soleil depuis Mather Point ou Hopi Point clôt le voyage par son image la plus vaste.
Puis on rentre, et la Route 66 offre une décompression parfaite. On rejoint Williams, dernier tronçon de la mère des routes contourné par l'autoroute, puis Seligman, le village qui a ranimé la légende : c'est ici que le barbier Angel Delgadillo a relancé la Historic Route 66 dans les années 1980, et le Snow Cap Drive-In sert toujours ses glaces sous les enseignes vintage. De Seligman, l'Interstate 40 puis la route 93 ramènent à Las Vegas par Kingman et le pont qui enjambe le fleuve Colorado au-dessus du barrage Hoover. La boucle est bouclée.
Le planning des quinze jours, jour par jour
Voici comment tiennent les quinze jours sans jamais courir, acte par acte. Les temps de route sont donnés en ordre de grandeur, à ajuster sur des cartes récentes.
Quand partir dans l'Ouest
Le plateau du Colorado se visite d'un bout à l'autre de l'année, mais deux fenêtres sortent du lot : la fin du printemps, de mi-avril à début juin, et le début de l'automne, de mi-septembre à fin octobre. La lumière y est franche, les foules plus clairsemées qu'en plein été, et la chaleur supportable dans les canyons de basse altitude comme Arches et Canyonlands.
L'été concentre les visiteurs et cogne dur : à Moab et au fond des canyons, le thermomètre dépasse volontiers 40 degrés, et les randonnées se font à l'aube ou pas du tout. À l'inverse, l'hiver ferme peu de routes ici, mais Bryce et le Grand Canyon, tous deux en altitude, prennent la neige et le froid : décor superbe, journées courtes et verglas possible. En toute saison, l'écart de température entre Las Vegas et le rebord de Bryce se compte en dizaines de degrés : prévoyez des couches.
Le budget d'un road trip de 15 jours
Nous donnons des ordres de grandeur, en euros et par personne pour un voyage à deux : les tarifs de l'Ouest bougent vite, bâtissez votre budget sur des devis récents.
Le vol transatlantique vers Las Vegas est le premier poste, souvent de l'ordre de 700 à 1 200 euros aller-retour selon la saison et l'anticipation. La location de voiture pèse ensuite lourd sur quinze jours : comptez un tarif journalier auquel s'ajoutent les assurances, sans supplément d'aller simple puisque la boucle rend la voiture à Las Vegas. L'essence, elle, reste douce pour un Européen : environ deux mille kilomètres à un prix au litre bien inférieur au nôtre, un poste modéré.
L'hébergement est le vrai variable. Les villes-portes comme Springdale et Moab sont chères et vite pleines en saison, quand une nuit lambda ailleurs reste raisonnable : réserver tôt est le meilleur levier d'économie. Côté parcs, un seul achat change tout : le pass America the Beautiful, autour de 80 dollars pour l'année, couvre l'entrée des six parcs nationaux fédéraux du circuit pour tout le véhicule. À une trentaine de dollars l'entrée par parc, il est rentabilisé dès le troisième. Attention, Monument Valley n'en fait pas partie : c'est un parc tribal navajo, avec son propre droit d'entrée à régler sur place. Renseignez-vous enfin sur les tarifs en vigueur, une surtaxe pour les visiteurs non-résidents ayant été évoquée pour 2026.
Les parcs nationaux de ce road trip
Les variantes du circuit
Version douze jours, sans Monument Valley. Trois jours de moins ? On coupe la branche de Monument Valley et l'on redescend de Bryce vers le Grand Canyon en passant par Kanab et Page. Ce tracé plus court longe les Coral Pink Sand Dunes près de Kanab et rejoint la région de Page, celle du lac Powell. La colonne vertébrale du voyage survit très bien : Zion, Bryce, le Grand Canyon et la Route 66 restent au programme.
Version dix-sept à dix-huit jours, par Page et le lac Powell. À l'inverse, avec trois ou quatre jours de plus, on glisse une étape à Page entre Monument Valley et le Grand Canyon. C'est la porte du lac Powell, ce lac de barrage aux bras turquoise encaissés dans le grès rouge, et de deux merveilles qui font la une de la région : Antelope Canyon, le slot canyon aux faisceaux de lumière, et Horseshoe Bend, le méandre du Colorado en fer à cheval. Nous les gardons volontairement hors de ce circuit de quinze jours, qui passe par Moab : vous les retrouverez sur notre itinéraire Utah et Arizona et sur la grande boucle de l'Ouest, taillés à leur juste place.
Questions fréquentes
Quinze jours suffisent-ils pour ce road trip dans l'Ouest ?
Oui, et c'est même le bon format. Quinze jours permettent de voir Zion, Bryce, Capitol Reef, Arches, Canyonlands, Monument Valley et le Grand Canyon sans courir, avec une journée pleine sur chaque temps fort et une journée tampon à la fin. En dessous de douze jours, il faut couper une étape.
Peut-on faire cette boucle en 2 semaines depuis Las Vegas ?
C'est exactement le principe de ce circuit : une boucle de deux semaines qui part et revient à Las Vegas, sans supplément d'aller simple sur la voiture. Environ deux mille kilomètres au total, à un rythme d'une grande étape tous les deux à trois jours.
Dans quel sens rouler la boucle ?
Nous montons d'abord vers les canyons de l'Utah et gardons le Grand Canyon pour la fin, avant de rentrer par la Route 66. L'altitude monte par paliers, la tension du voyage grimpe jusqu'au Grand Canyon, et le retour se fait en douceur. Le sens inverse placerait le climax au deuxième jour.
Pourquoi passer par Moab plutôt que par Page et Antelope Canyon ?
Parce qu'en quinze jours il faut choisir. Cette version privilégie Moab, ses arches et Canyonlands, et fait l'impasse sur Kanab et Page. Antelope Canyon, Horseshoe Bend et le lac Powell restent superbes, mais nous les traitons sur notre itinéraire Utah et Arizona et sur la grande boucle de l'Ouest. La variante dix-sept à dix-huit jours ci-dessus les réintègre.
Faut-il un pass pour les parcs ?
Le pass America the Beautiful, autour de 80 dollars pour l'année, couvre l'entrée des six parcs nationaux fédéraux du circuit pour tout le véhicule. Il est rentabilisé dès le troisième parc. Monument Valley, parc tribal navajo, garde un droit d'entrée à part, à régler sur place.